Être une femme dans le monde du sport de haut niveau au Cameroun

Deuxième fille de ma fratrie, âgée de 29 ans, basketteuse camerounaise, j’ai grandi dans la foi catholique. J’ai le niveau universitaire, à mes moments libres je suis coach sportif. Je suis masculine (tenues de sport) mais je m’efforce de ne porter que des habits féminins hors des terrains, je suis mariée  avec un homme et j’ai une magnifique fille.

Depuis mon très jeune âge j’étais en contact avec le basketball,  mon père et mon frère, tous deux des joueurs amateurs m’ont familiarisée avec ce sport passionnant. A cet âge c’était comme un jeu pour moi et pour les hommes de ma famille. Mais quand j’ai développé une certaine aptitude et mon talent dans ce sport, c’est devenu un peu plus compliqué car il n’était pas question que je fasse de cela ma profession.

J’ai dû me cacher pour aller m’entraîner avec les autres filles, j’ai ainsi intégré l’équipe de basketball de l’université  et nous avons participé à des compétitions nationales. J’ai été sélectionnée dans l’équipe nationale de basketball du Cameroun. C’est à l’issue de cette sélection que mes parents ont été mis au courant, c’était un désarroi pour mon père qui a dit, je cite : « … ma fille, tu ne dois pas faire ce sport de garçon, tu ne pourrais pas te marier, encore moins travailler. Ma fille, tu dois être politicienne ou une femme d’affaire et non une sportive… le sport au Cameroun ne paie pas… ».

C’est vrai que les filles (mes coéquipières) et moi sommes devenues une famille et c’est grâce à cela que nous pouvons gérer le stress des injures familiales, des hommes, des autres sportifs hommes et des autres femmes pour qui les sportives sont des femmes-hommes et nous ne pouvons pas toutes accepter la place dans laquelle la société veut nous cantonner.

Pour des raisons de paraître, nous sommes contraintes à nous maquiller, mettre des ongles, des greffes, des faux cils pour prouver que nous sommes des femmes et cela est exigé pour des rencontres avec les autorités du pays, les fêtes de famille, les rencontres officielles avec les médias et autres acteurs du sport.

C’est grâce à mon amour pour le basketball que je reste debout et j’avance tranquillement pour me faire un nom, une notoriété et avoir un bon palmarès. La stigmatisation me fait devenir forte et donne un bon coup à mon orgueil.

Le monde du sport est dominé par les hommes (dirigeants, présidents de club, arbitres, coachs, staff technique). Le Cameroun ne fait que répliquer cette tendance machiste, au sein de tous les clubs que j’ai vu évoluer et dans les salles de sports que j’ai fréquentées, la part belle est donnée aux hommes, la reconnaissance nationale dans le sport est attribuée aux hommes. La majorité des coachs sont des hommes, les seules femmes qui font parties du staff technique sont des médecins ou kinéthérapeutes. Je suis coach pour les plus jeunes mais dans les équipes que j’entraîne il y a plus de garçons que de filles.  J’encourage les filles à prendre le peloton de tête et à sortir la tête du lot ainsi qu’à ramener les autres filles qui sont dans les quartiers et aiment cette discipline.

Le monde du sport est pensé pour les hommes, selon moi rien n’était  prévu pour les femmes mais dans un souci de respect des droits humains, les disciplines sportives se sont ouvertes aux femmes. Comme ce sont encore les hommes qui avaient lancé les bases du sport féminin, les spécificités liées à la femme n’ont pas été prises en compte sur le plan administratif, les infrastructures, sur le plan financier, la logistique, etc… Par exemple : dans les stades de basketball rien n’est prévu pour les femmes en période de menstruation. Puis la période maternité aussi n’est pas assez précise dans le règlement intérieur.

J’aimerais qu’il existe un monde où les hommes et femmes soient sur le même pied d’égalité, qu’elles.ils aient la même chance de choisir de faire tel ou tel métier, que des femmes soient représentées massivement dans les hautes sphères de décision du sport en général et du basket en particulier,  qu’il existe des tournois sportifs pour les filles et les femmes bien structurés et régulièrement organisés au Cameroun, que les sportives ne soient plus perçues comme des « garçons manqués » mais comme des femmes simplement, que les compétitions de femmes puissent brasser autant de revenus financiers et de reconnaissance nationale que celles des hommes, que les familles puissent encourager et accompagner les filles et les femmes à faire de plus en plus de sport non seulement pour des compétitions mais aussi pour la santé.

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